Le projet initial pour la croisière d'été était de partir vers la Cornouaille et les îles Scilly, mais le copain qui devait partir avec nous avec son propre bateau nous a insisté pour mettre au cap au sud. Il faut dire que la météo ne se prétait guère à une virée vers l'Angleterre: une dépression était solidement accrochée sur le nord des iles Britanniques ce qui impliquait un aller au près serré avec de fortes probabilité de pluie.
Par contre, cap au sud, cela voulait dire une traversée du Golfe de Gascogne vers les Asturies et par conséquent affronter le cette traversée un peu mythique avec un équipage réduit au minimum: ma fille de 25 ans et moi-même. J'avoue j'ai longuement hésité et l'avant veille du départ j'étais encore en train de tergiverser en étudiant les cartes météo pour tenter de trouver une excuse imparable pour ne pas partir. Mais la météo annoncée pour les 3-4 jours suivants est quasiment parfaite pour une traversée avec flux d'ouest de 2 à 4 Beaufort et finalement le samedi soir la décision est prise, ce sera cap sur Gijon avec un départ dans dans la journée du lundi.
Le lundi matin est consacré aux achats de dernière minute comme le pavillon espagnol ainsi qu'aux dernières réparations (la pompe des WC). La route est tracée avec Scannav (logiciel de navigation): Le Crouesty, Les Béniguets, La pointe de Kerdonis à l'est de Belle-Ile puis cap direct sur la cardinale est qui protège les hauts fonds devant Gijon. En tout 267 milles, soit un peu plus de 53 heures si l'on compte une vitesse moyenne de 5 noeuds, ce qui est raisonnable pour Sassandra notre Feeling 36 DI.
Lundi 15:30! Un dernier coup de fil à nos compagnons de voyage qui sont à la Trinité puis nous mettons en route. Rendez-vous est pris à l'est de Belle-Ile et nous communiquerons sur le canal VHF 72. En sortant du Crouesty le vent est au rendez-vous et nous progressons à bonne allure vers les Béniguets. Après quelques soucis d'electronique de dernière minutes, Phenicia est un peu en retard et nous nous mettons à la cape courant protégé de la mer par la pointe de Kerdonis pour les attendre. Enfin un peu avant 19h, nos amis nous rejoignent et nous repartons directement cap au 206, route directe sur Gijon. Un dernier coup de fil à ceux qui sont restés à terre en profitant des derniers milles de couverture GSM puis nous nous enfonçons dans le golfe dans la nuit qui tombe avec toujours comme repère la phare de Goulphar. Nous marchons bon train avec un force 4 d'ouest qui nous propulse à près de 6 noeuds. Revers de la vitesse, les mouvements du bateau mettent à mal nos estomacs encore mal amarinés surtout que l'état de la mer est assez difficile avec une longue houle de plusieurs mètres d'amplitude.
Mardi vers 10h nous arrivons à l'accore du plateau continental ou nous avons le plaisir d'être accueillis par les habitants des lieux. Une bande d'une quarantaine de dauphins communs vient à notre rencontre et restent un bon quart d'heure à jouer autour du bateau.
Dans la journée le vent faiblit et nous devons mettre le moteur en route. C'était de toute façon nécessaire pour recharger les batteries et cela va également nous permettre d'avoir de l'eau chaude pour prendre une bonne douche. Nous naviguons à vue avec Phenicia, puis en fin de journée le vent revient et nous les perdons de vue car avec 1,5m de longueur en plus et une version performance, l'Oceanis 411 est plus rapide que le Feeling 36.
La nuit commence avec un vent d'ouest mollissant qui refuse progressivement en passant sud-ouest. nous abattons pour conserver de la vitesse mais de ce fait nous nous éloignons de la route directe. Vers 3h du matin le vent tombe encore. Alors, si nous ne faisons plus de cap ni de vitesse, la seule solution c'est de remettre en route le moteur.
Mercredi matin, le soleil se lève sur une mer appaisée. C'est toujours un moment magique quand le soleil se lève en pleine mer, surtout quand on est bien amariné et que l'on peu savourer tranquillement son petit-déjeuner.
En début d'après-midi nous commençons à apercevoir les côtes espagnoles mais le vent faible ne nous propulse à peine à 4 noeuds. A la jumelle je distingue les grues du port de Gijon mais il nous reste tout de même dix milles à parcourir. Do coup nous remettons le moteur pour gagner un peu en vitesse. C'est également le moment de hisser le pavillon de courtoisie et j'attache le pavillon espagnol au hauban tribord.
Mercredi 19h45. Nous sommes enfin dans la baie de Gijon et nous affalons la grand-voile.
L'entrée du port de plaisance de Gijon est assez délicate car très étroite et en cas de houle forte cela peut déferler dans la passe. Heureusement ce soir tout est calme et nous passons la tourelle verte pour rentrer dans les Muelles Locales ou nous attendent l'autre équipage arrivé depuis quelques heures.
Juste après 20h, nous sommes amarrés au catway, le moteur est arrêté et je remplis en vitesse livre de bord avant d'aller déguster les premières tapas. Nous avons parcourus 270 milles pour une distance théorique de 267. De ce fait notre écart de la nuit dernière ne nous a pas trop pénalisé. Nous avons mis 54h et 30' dont une vingtaine d'heures au moteur. Et le plus important: nous l'avons fait. Nous avons traversé, en équipage réduit, le fameux Golfe de Gascogne qui fait toujours peur à de nombreux plaisanciers. Maintenant: A nous les Asturies.
Voici la route théorique et la trace sur l'écran de Scannav.